Mars

Ca faisait longtemps que je n’avais pas écrit ici. Entre temps la famille est passée par là. Pendant dix jours le temps est passé en un battement d’ailes. Leur départ a été difficile et triste. Cette petite portion de chez moi qu’ils ont amenée avec eux, j’aurais voulu la garder plus longtemps.

Bien vite les jours s’enchainent, et finalement je me dis que le temps passe à toute vitesse ici et qu’il faut profiter de chaque moment. Même ceux qui me paraissent désagréables aujourd’hui me manqueront sûrement une fois retournée en France. Comme par exemple mon retour du travail à moto tous les soirs. Certes la circulation est dangereuse, mais avec le temps, je connais l’heure où le trafic devient moins dense, et le temps est toujours agréable en début de soirée. Je regarde les rues, le ciel, tout cet environnement qui m’est devenu familier, et je me dis que cela me manquera sûrement.

Ce week-end on aimerait aller au cinéma voir la suite de 300, ce film esthétiquement génial de guerriers spartiates à demi nus qui se battent pour leur liberté. Malheureusement, la censure étant passée par là, le film s’est vu amputé d’une partie de ses scènes jugées trop “osées” ou “subversives” . N’ayant pas envie de voir une partie de film, je pense que nous allons changer notre activité de ce week-end.

Je me suis inscrite à une salle de sport depuis un mois. J’aurais préféré un abonnement à la piscine, mais ici les piscines sont extérieures et plutôt sales. Ne voulant pas attraper un ténia, j’ai préféré opter pour la salle de sport. La salle dans laquelle je me suis inscrite répond à tout les critères occidentaux que l’on peut exiger de ce genre de bâtiment consacré au culte du corps sur fond de musique dance RnB. Ici les vietnamiennes sont chics et les codes semblent différents de ceux établis dans la rue. En effet, premier constat les vietnamiennes sont toutes courtes vêtues - minishort et brassière de sport sexy- (oui cet article parle beaucoup de nudité) , ce qui contraste avec la pudeur affichée dans la ville.

Dans le vestiaire c’est encore plus surprenant.. partout des femmes fesses nues se baladant nonchalamment entre la douche et le sèche cheveux. Dans le sauna, des femmes nues couchées dans des positions disons pour le moins originales. Mon étonnement est donc total devant cette exhibition sans pudeur aucune, j’ai l’impression d’être dans un harem, en beaucoup moins glamour. La culture du corps est très importante ici, tout le monde se regarde, s’épie dans le miroir. Les coachs personnels sont débordés et les gens font la queue devant la petite balance située en plein milieu de l’entrée du club de sport. Pour moi qui ne possède pas du tout la même morphologie que les vietnamiennes, la comparaison est parfois douloureuse.

Après, je me rassure en me disant que je n’ai pas besoin de porter des sous-vêtements rembourrés pour avoir des formes et que je ne pourrais pas de toute manière passer ma vie à manger du riz (cookies je vous aime). Le plus étrange ce sont ces hommes féminisés à l’extrême qui participent aux cours de danse avec leur copine, habillés en combinaison moulante. Ils se musclent mais restent extrêmement fins. Les canons de beauté pour les hommes semblent être plus du côté de l’androgyne que de l’homme barbu/poilu/grand des européennes. Je ne souhaite pas faire de généralisation car bien évidemment il s’agit surtout d’un groupe et non une population entière.

Parfois je me demande pourquoi je remarque ce genre de choses. C’est comme quand j’étais petite, lorsque j’étais en voiture, la tête collée à la vitre, je rêvais d’aller nettoyer les bords des autoroutes et d’y poser de la moquette. En soi, c’est un projet comme un autre.

Vous qui lisez mes bêtises, j’espère que vous allez bien.

Janvier

J’ai appris ce matin que l’état d’urgence avait été déclaré à Bangkok pour 60 jours.

La situation s’est détériorée depuis quelques semaines. Et pendant que des gens se déchirent pour un peu plus de liberté j’apprends que des abrutis moyenâgeux manifestent pour interdire l’avortement en France. ça me désole, d’ici la France parait bien fragile. Entre la favorite d’Hollande et l’affaire Dieudonné je ne sais pas ce qui est le plus ridicule. Ici ça fait rire tout le monde cette histoire de tromperie, les hommes politiques sont connus pour avoir plusieurs vies amoureuses. Et même, on s’en fiche de sa vie privée. Qu’Hollande aille courir du jupon la nuit si ça peut lui donner la pêche pour relancer l’économie française.

Bon et concernant Dieudo là je vous avoue que je suis perdue.

D’un côté on interdirait un spectacle de mauvais goût (certes) mais déjà largement diffusé,et de l’autre lorsque madame Taubira se fait insulter ouvertement par plusieurs individus  dôtés du quotien intellectuel d’une moule morte, la classe politique réagit avec la vitalité d’un bulot.

Toute cette faune (bleue) marine moi ça me donne la nausée.

Vous me direz, il se passe sûrement de chouettes choses en France en ce moment, qui ne traversent pas les continents pour arriver jusqu’à moi. Par exemple, l’anniversaire de Martinou qui a eu 18 ans (ça ne nous rajeunit pas tout ça). Joyeux anniversaire mon petit frère d’amour. Soi dit en passant, je suis extrêmement déçue, le seul jour où j’aurais pu lui faire boire de l’alcool en toute légalité, je ne suis pas là.

Tant pis je me rattraperai avec Jules. 

D’ailleurs en parlant d’alcool, j’ai fait l’expérience samedi dernier d’un bar charmant. On y sert de l’alcool typique le ”Rượu”. c’est une sorte de liqueur distillée à base d’alcool de riz et de nombreux parfums. Cela se commande dans une petite bouteille (qui ressemble à une fiole de potion magique), et cela se boit par petits verres (comme pour le rhum arrangé). On a donc voulu expérimenter plusieurs goûts, j’ai donc évité de regarder en direction de énormes bouteilles en verre posées sur le comptoir dans lesquelles macéraient toutes sortes de choses exotiques. Nous avons bu de la liqueur d’artichaut, de pomme, de cannelle (jusqu’ici tout va bien).

Enhardis par le succès des premiers verres (“-hum mais en fait c’est bon”), et l’alcool aidant aussi beaucoup, tels des aventuriers de l’alcool de riz nous avons choisi de goûter Ver à Soie, Gecko et … Pénis de Phoque. (La simple évocation de ce mot, réveille en moi une légère nausée…). 5 jours plus tard, je peux affirmer avec certitude que mon organisme a survécu, mais je ne sais pas si je retenterai les membres animaliers distillés dans l’alcool de riz.

Les étudiants français qui ne restent qu’un semestre partent cette semaine, je rentrerai bien moi juste pour vous revoir tous rien qu’un peu.

Thailande- Bienvenue au pays du Smile et du Bling-bling

 Première impression en posant les pieds sur le sol Thailandais : il y a de vraies routes ici, c’est fou. Je ne suis plus habituée à tant de modernité. Des grattes ciels, des rubans de routes parfaitement lisses qui s’étendent sous mes yeux et s’enroulent formant un réseau en boucles parfaites. Là-bas s’étend le centre des affaires avec ses grattes-ciels,décorés de panneaux publicitaires pour quelques marques européennes de shampoing. Au milieu de toute cette modernité qui sent l’asphalte, ici et là des temples dorés rappellent la culture et l’exotisme de la capitale.

La Thailande est un “nouveau pays exportateur”. Les économistes ayant un sens de l’humour exceptionnel, l’ont qualifiée “bébé tigre” c’est-à-dire qu’elle fait partie des 5 pays nouvellement industrialisés qui prennent la suite des 4 Dragons (pays développés : Corée, Taiwan, Singapour et Hong Kong).Cependant, la Thaïlande n’a pas du tout la même histoire que le Vietnam. Ces deux pays très proches géographiquement n’ont absolument pas évolué de la même manière. Premièrement la Thailande est le seul pays du Sud-Est de l’Asie à avoir échappé au colonialisme. La Thaïlande s’est tenue à l’écart de la guerre d’Indochine et en 1961 suite à un accord secret avec les Etats-Unis, celle-ci envoie des troupes au Vietnam et au Laos et autorise les américains a installer des bases aériennes sur le territoire Thaï. Elle n’a donc pas été influencée par la vague communiste qui secoue les pays d’Asie du Sud Est après la guerre. Depuis les années 70, le pays oscille entre pouvoir civil et pouvoir militaire, des transitions parfois difficiles, sanglantes même. 

J’ai adoré la Thaïlande. Imaginez : Vous prenez un train en direction du Nord. Vous ne savez pas à quelle heure vous arriverez et quelque part vous vous en fichez bien, le temps ne s’écoule pas de la même manière ici. Entre les compartiments, les portes donnant sur l’extérieur sont ouvertes. Alors vous vous asseyez sur le haut du marche pied et vous savourez le paysage qui s’écoule devant vos yeux. Des champs verts à l’infini, des montagnes qui se découpent. Des allées de manguiers, qui séparent les rizières, et quand le soir tombe le ciel va du rose au orange, et le paysage devient un théâtre d’ombre. La nuit on voit les étoiles. Le ciel d’Asie est beau quand il est enfin débarrassé de son nuage de pollution. Lorsque le train s’arrête dans une gare, des vendeurs à la sauvette montent pour vendre leurs barquettes de riz fumantes. Le poulet est cuisiné au curry puis mélangé avec de petits légumes et des noix de cajou.Pour dormir on nous ouvre de petites couchettes et on nous déballe une couverture.

Les gens sont ouverts et souriants. Ils parlent tous anglais cela rend la communication tellement plus simple. J’aime l’odeur de la Thaïlande, les rues, les temples, la nourriture. J’ai mangé le meilleur poulet au curry vert du monde (au moins). Les Thaïlandais adorent les marchés, il y en a tout le temps, partout. Mon préféré est celui de la ville Chiang Mai, qui a lieu le dimanche après-midi. Ce n’est pas un marché pour les touristes ça le rend plus intéressant. Il y a des groupes de musiques tout les 15 mètres, même le policier du quartier y va de son petit solo de guitare électrique. Ici et là, des stands de fruits frais (La Thaïlande, le pays du fruit par excellence),et des odeurs d’épices et de pad thaï. Partout les couleurs et les formes qui se mélangent, là des petits éléphants en porte-clés, des chaussures en cuir fabriquées à la main, des tissus chatoyants. Là-bas, j’ai mangé des mangues tellement fondantes que j’en ai encore des frissons rien qu’en y repensant.

J’ai fait de l’éléphant et je n’ai pas fanfaronné longtemps sur son dos. Pourtant quand je regarde Aladin ça a l’air plutôt sympa et confortable, bref on m’a encore menti. Mon éléphant Elmer a mangé 15 bananes en deux minutes et a finalement décidé de prendre un chemin de traverse au lieu d’emprunter le chemin le plus large et donc le plus accessible. Je me suis vue tomber au moment où il a commencé à grimper une pente. J’ai essayé d’expliquer à l’éléphant qu’étant donné sa corpulence il n’était pas possible physiquement que celui-ci soit en capacité de grimper un chemin escarpé.

"-Elmer, un éléphant n’est pas une chèvre."

 Mais Elmer apparemment croit qu’il est une chèvre, il a donc grimpé, et moi j’ai crié. On s’en est sortis car contre toute attente il s’avère qu’ Elmer est agile, un vrai cabri ( de 5 tonnes). Pardon Elmer j’ai eu tort, tu me manques déjà.

J’ai vu des temples, (beaucoup de temples), de nombreux Bouddhas, des ruines encore des temples. Après tant d’abreuvement culturel, il fut temps d’aller se poser quelques temps sur une plage. Direction les îles paradisiaques, et sur Koh Samui en particulier.

 La plage c’est bien, c’est beau, il fait chaud.

 Le mode de vie du touriste à la plage est assez basique. Bronzer sur le dos- bronzer sur le ventre-lire-aller se baigner (sans le livre de préférence)-sécher sur le ventre-prendre une photo-bronzer sur le dos- se baigner-boire un jus de fruit frais-marcher sur le sable chaud. Soupirer parce que la vie est vraiment trop dure décidément, c’est terrible vous ne bronzez pas du ventre et en plus vos cheveux sont emmêlés par le sel. Même lire est une activité intellectuelle trop fatigante. Quand on en a marre de la plage on part voir des cascades. Des paysages si beaux qu’on les croirait retouchés sur Photoshop ou tout droit sortis d’un supplément voyage Marie-Claire. 

Cependant si on regarde la foule qui se presse le soir sur le bord de mer, le cadre n’a plus rien d’idyllique. Souvent de vieux européens riches sortant avec de jeunes Thaïlandaises. Ils se pressent autour d’elles leur offrant cocktails sur cocktails. Des gens bronzés, avec tous le même tatouage, la même fausse dent de requin autour du cou, un mojito à la main. Des stéreotypes de touristes sur pieds, qui jettent leurs papiers par terre et ne respectent rien. L’île n’appartient plus aux Thaïlandais mais aux hôtels et resorts luxueux. L’image d’une île exploitée et transformée en usine à fric fait quelque peu déchanter. Faisant d’une certaine manière partie de tout ce mécanisme bien huilé, j’ai un peu culpabilisé.

Pour conclure sur la Thaïlande, je dirais que j’ai beaucoup aimé aussi parce que c’est un peu Disneyland pour les étrangers. Tout est fait pour qu’on s’y sente bien. A l’image du climat, la vie est douce. La nourriture est délicieuse, il y a beaucoup à voir. Il y a dans l’air une recherche de  bien-être et une spiritualité flottante. Spiritualité renforcée par l’omniprésence de ces temples dorés et des moines. 

Décembre

 Notre professeur de vietnamien nous avait prévenus pourtant : “en hiver il fait froid et humide, le soir quand je vais me coucher le sol de la maison est recouvert d’un voile d’eau. Parfois je dois sécher mon lit avec un sèche-cheveux. Equipez-vous …”

En bonne habitante de l’Est de la France, bien évidemment j’ai souri.

Ici la température ne descend pas en-dessous de 10 d°, à Strasbourg on avait des températures tout l’hiver et quand on sortait on mettait la combinaison de survie : collant+chaussettes+jean+sous-pull+pull+gros pull+manteau. Je revois encore ma chère et tendre colocataire, (Louise Mu de son petit nom), râler devant les portes du tram : ”-avec les écharpes, les gants, les bonnets on va mourir de chaud..”.

J’aurais dû me méfier. Oui parce qu’en France, certes la température extérieure est basse mais une fois que nous sommes dans les maisons nous sommes, au chaud. Ici ce n’est pas le cas. Il n’y a pas de chauffage dans les chambres, (on m’a fait miroiter une clim’ réversible, mensonges, j’ai passé vingt minutes à attendre en-dessous qu’elle souffle de l’air chaud ; j’attends toujours…). A présent je dors en chaussettes, et avec deux pulls, et oui, le soir je chauffe mon lit avec un sèche-cheveux.

Je comprends un peu plus le confort que nous avons en France, nous avons vraiment beaucoup de chance. J’ai l’impression de faire la candidate Miss France neu-neu en disant ça : “-Oui et les pays pauvres n’ont pas de chauffage, et nous si. Nous avons beaucoup de chance. Voila pourquoi plus tard je voudrais sauver les dauphins, les poneys et les petits Vietnamiens”.

Plus sérieusement c’est vrai, depuis le début de l’hiver je rêve d’une baignoire, et d’un chauffage dans la salle de bain, juste pour la serviette soit chaude et non pas humide de la veille.

Je ne vais pas faire mon caliméro parce qu’en vérité j’aime vivre ici.

Ma plus belle surprise : les Vietnamiens aiment Noël, ils ne le fêtent pas mais tout est décoré dans la ville. La nuit tout brille et c’est vraiment sympa cette petite touche de kitsch et de lumière dans la capitale.

Alors oui les rues sont souvent sales, les Vietnamiens crachent par terre (parce qu’ici se moucher c’est mal vu, le monde à l’envers..) et oui j’ai froid dans la maison. Mais vivre ici c’est quand même quelque chose. J’ai l’impression d’être dans un roman à l’eau de rose, dans lequel une héroïne fait la rencontre d’un homme mythérieux. Au début c’est difficile, Le fait est que : ils ne s’entendent pas , ils ne sont pas fait l’un pour l’autre et ne le seront jamais parce qu’ils sont trop différents. Mais plus l’histoire avance, plus ils se rapprochent et comprennent qu’au-delà de  leurs différences, ils s’apprécient de plus en plus. C’est un peu ce qu’il m’arrive avec Hanoï.

Cet article devient vraiment n’importe quoi, non je vous assure même si j’ai froid, je n’ai pas descendu une bouteille de vodka avant de vous écrire ceci.

C’est la magie de Noël qui me fait cet effet sûrement…

Au fait vous ai-je dit que demain je partais pour Bangkok ? 

La dernière photo vous montre ce qui me semblait être des cerveaux d’aliens dans du formol, il s’agirait en fait de gingembre en urne. Pas très appétissant mais apparemment ça s’offre pour Noël, ça vous dit ?

L’avant-dernière est une authentique et délicieuse soupe au potiron. Je n’aurais jamais pensé être aussi heureuse de voir une soupe sur le menu d’un restaurant.